Description
… ce qu’on avait pris au tout début du livre pour une dystopie s’avère rapidement être en fait un constat, voire un réquisitoire, et plus que ça encore un pamphlet poétique d’une puissance rare (car sans nulle fioriture tout en jouant du langage avec virtuosité) et où chaque énoncé paraît un aphorisme conjuguant dureté et éclat du diamant.
Jean-Marc Flapp
Préface : S’en sortir par la poésie
*
Bière mélancolique
Parfois toute la vie s’écrase devant soi dans un bock de bière. On a peur de revenir sur ses pas. Le remuement médiatique nous invite à courir vers des planques sauvages. Mais il n’y a plus de zones de repli. On ne sait comment débrancher le système. On stocke les informations et les produits surgelés. On fait disparaître les déchets avec un sentiment coupable. La pluie ne lave rien et révèle les erreurs d’urbanisation. L’organisation quotidienne impose des cadences de guerre permanente. L’indice INSEE certifie que le coût de la vie n’augmente plus. Quant au prix de la vie, il se banalise dans les accidents et
les agressions. Il s’agit de sécuriser l’ensemble, d’isoler les lieux stratégiques, de tracer les parcours individuels.
Finalement on intègre facilement les nouvelles données. Les modes d’emploi sont les nouveaux best-sellers. Ils infiltrent les espaces personnels. Il suffit d’un mot de passe pour rejoindre la régulation du réel. Notre mémoire est moins viable que les algorithmes. On pense à tous les messages perdus qui auraient pu
changer des vies. On revend les objets du passé sur Leboncoin pour faire place nette.
Mais le corps dévisse du flux et tente de couper les câbles. Rien ne nous prépare à vieillir.




