Description
avec et sur une idée d’Anne Lefèvre
Elle marche
Elle marche cœur, mains, regard, écarquillés, tendus vers le mystère.
Elle marche vers. Elle ne sait pas qui. Juste un nom, l’heure et le lieu du rendez-vous.
Elle marche vers.
Une heure durant, en face à face, étreindre, démêler l’inconnu·e de l’heure et du lieu.
Et écrire.
Au long des ans, il m’a semblé voir les gens disparaître dans l’inattention collective, s’épuiser dans le narcissisme piégeux et malheureux de la débandade d’images de soi comme lancées désespérément en autant de bouteilles à la mer, stp, dis-moi que j’existe, dis-moi que j’ai de la valeur. Je me suis demandé quelle œuvre imaginer pour redonner à la présence de l’autre sa force d’événement. J’ai demandé à des écrivains que j’aime intensément – Valérian Guillaume, Milène Tournier, Charles Robinson – d’aller à la rencontre de ces personnes de tous horizons, les regarder, les écouter ardemment, in fine écrire leurs beautés particulières, leurs grâces inouïes.
Dévisager Aimer de Milène Tournier déplie une œuvre joyeuse, alerte, ancrée dans cette rencontre attentive à l’autre. Les cœurs à fleur de peau, les deuils et les amours, le vent et les lumières, les lampées d’amitié, les rires au creux des vagues, hurler, chanter, danser, se reconnecter à nos parts vives, dénicher d’inespérés interstices, féconder nos relations de promesses d’aubes. De la langue-vie qui desserre nos regards, chérit l’à jamais mystère de l’autre.
Elle marche.
Elle me met en marche.
Anne Lefèvre, directrice Le Vent des Signes




