Description
Cette histoire pourrait être une histoire familiale de plus, une histoire de migration de plus.
Juste une petite histoire de plus.
Elle est celle des ombres parmi les ombres qui ont juste cherché une porte ouverte pour s’y faufiler.
Elle est celle des regards perdus entre deux horizons, deux terres, deux langues, coincés dans les limbes
de nos frontières.
Elle est l’histoire de ceux jamais tout à fait ici et plus jamais là-bas.
Debout sous mon arbre, en équilibre, je me souviens. Il y a encore quelques promesses de fruits violacés sous des feuilles vertes et piquantes. Promesses qui tiennent depuis 49 ans, quand Vartan mon grand-père, le réfugié politique 90.33.470, apatride a planté cet arbre pour ma naissance.
Seules promesses qui valent, seules promesses qui tiennent, celles du goût du clan sur les lèvres de
l’enfant que j’embrasse.
Et soudain, une envie terrible de dire merci à Vartan et à Makrouhie, ma grand-mère, réfugiée politique
90.33.410.
Tous deux ouvrent inexorablement une brèche vers mon humanité convoquée sans cesse pour ne pas la
laisser filer. Leur traversée nous a offert une terre mais surtout une mémoire…
Alors, si cela était vrai que toutes les peines pourraient être supportées si on les faisait tenir dans une
histoire ou s’il suffit de la dire cette histoire pour soulager la peine, si cela était vrai, alors racontons et
racontons encore leur exil qui n’est pas un voyage.
Myriam Essayan
Petite-fille d’exilés née à la fin des années 70, ce texte jaillit d’une colère. Et d’un besoin d’en sortir.
Passer à autre chose, vider son sac et ranger les valises. Et puis aussi dire merci.
Au départ, l’exil est un texte chiant de 100 pages, sorte de thérapie sans intérêt qu’elle condense en quelques pages. Là, elle prend le temps, aucun enjeu dans ce travail. Alors, chaque mot est pesé, soupesé, repesé. Une quête de justesse pour une personne bavarde et maladroite avec les mots la plupart du temps.
L’exil n’est pas un voyage est librement inspiré de l’histoire de ses grands-parents apatrides et survivants du génocide Arménien de 1915. C’est un texte à la fois intime et universel, qu’on qualifie de « poéticolitique » terme qu’elle prend.
Après une intense vie de musicienne qui a duré 22 ans allant des arts de rue avec la Cie LE BUS ROUGE, musiques du monde avec les groupes Kamenko, Vidala, Azalaï, World Beat Wahad en Jordanie, la danse contemporaine avec les cie Kat’chaça et Tramaluna, de nombreuses actions d’éducation populaire et pédagogiques ou des collaborations d’album, c’est sous le figuier planté à sa naissance par son grand-père qu’elle se réfugie.
Elle rejoint son frère aîné en 2022 sur les terres familiales pour continuer le travail de maraîchers initié
en 1930 par leur grand-père Vartan Essayan 90.33.470. Joie !




